Le changement… Adorable à prononcer, détestable à vivre.

Ce que nous enseigne la cigarette.

Janvier 2015. Un grand cabinet de conseil en stratégie me fait l’honneur d’une invitation au dîner des « Digital Leaders ». Autour de cinq tables rondes d’un palace Parisien, une cinquantaine de décideurs de bon niveau échangeaient librement sur le thème de la transformation digitale. Les intervenants savaient parler, leurs discours étaient clairs, leur vision posée. A les entendre, tous avaient entrepris des actions courageuses et innovantes pour mettre leur entreprise au goût du jour.

La salle était confortable, les mets et les vins également. Bien des convives se connaissaient : mêmes écoles, parcours croisés, connaissances communes. Alors les échanges très cadrés du début dérivèrent quelque peu.

Les raisonnements sensés et les projections lucides sur l’impact du digital sur les organisations, firent place à quelques bons mots et un peu de provocation : l’un des dirigeants d’un opérateur télécom se moqua de son voisin, dirigeant d’une grande chaîne de télévision. « Vous pouvez parler de transformation digitale, mais ça fait plus de deux ans qu’on parle de l’arrivée de Netflix en France. Ça fait plus de deux ans que vous savez qu’ils vont vous rentrer dedans. Et en deux ans… vous n’avez rien fait pour vous y préparer. » Et c’était vrai. Englué dans les sujets de tous les jours, dans les vieux débats avec le régulateur, les syndicats, les actionnaires, les producteurs et les concurrents, aucun d’entre eux n’a véritablement bougé.

J’ai alors pu prendre la parole pour énoncer mon allégorie préférée du moment. Celle de la cigarette : « Y a-t-il des fumeurs dans cette salle ? ». Les regards, parfois interloqués se sont tournés vers moi. Je répétai. « Y a-t-il des fumeurs dans cette salle ? ». Quelques mains se levèrent. « Très bien… Vous savez que ça va mal se finir ? C’est dangereux de fumer. Toutes les études le montrent. Vous ne pouvez plus l’ignorer. Pourtant, vous continuez de fumer. Et vous savez quand vous arrêterez ? Quand vous aurez mal, ou quand vous aurez peur ! Quand vous tomberez malade ou qu’un de vos proches le sera, ce qui vous fera trembler. »

Ceci démontre que le changement, même quand on le sait indispensable, n’est décidé qu’en dernier recours, et souvent trop tard. Bien des commerçants ne se lancent vraiment dans le digital qu’une fois qu’Amazon leur prend 5 points de parts de marché par an. C’est-à-dire souvent trop tard.

 

 

Laurent Moisson.

 

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Un Commentaire

  1. AGLR 21 avril 2015 at 16 h 08 min #

    Hello.
    Le facteur aggravant, s’agissant de l’exigence reportée de transformation (notamment digitale) de l’entreprise, c’est que bien souvent le dirigeant en charge ne craint pas lui-même l’échéance douloureuse, lointaine, évoquée dans ce billet. Il ne prévoit pas d’être encore-là et comptable du passé. Il craint plus la difficulté particulière – et immédiate – des premiers jours de sevrage, qui génèrent autour de lui tant d’irritabilité. Ainsi le digital et la digitalisation évoluent au rythme des dirigeants-propriétaires, plus proches de ne « faire qu’un » avec le corps du fumeur. L’inaptitude à la transformation est aussi celle à l’innovation, et le fait donc, plutôt des grands groupes. Il me semble.

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